Plongée aux archives

30 cartes qui racontent l'histoire de la cartographie

Publié le 11 août 2021

Temps de lecture : 10 minutes

Préambule

Les représentations cartographiques élaborées par les civilisations évoluent avec les techniques et le sens esthétique qui leur sont propres. Les trente exemples qui illustrent ce parcours historique nous semblent caractéristiques de cultures particulièrement remarquables et au rayonnement incontestable dans le cheminement spirituel, artistique et technique de l’humanité. C’est également une invitation à partir à la découverte d’autres cartes, trésors qui relèvent à la fois de l’art et de la science, comme celles de l’IGN présentées à la fin de ce panorama.

Sélection proposée par Laurent Benosa, IGN

Carte de Ga-Sur

Quelle est la plus ancienne carte connue ? Les formes géométriques abstraites gravées dans la grotte de Gorham (Gibraltar), datées de 37 000 ans avant notre ère ou les gravures effectuées sur de l’ivoire de mammouth à Mezhyrich (Ukraine) il y a près de 20 000 ans ? Le plan topographique découvert sur le mur d’une maison du VIIIème millénaire av. J.-C. à Çatal Höyük en Anatolie Centrale peut postuler à ce titre, mais nous limiterons ce panorama diachronique aux documents d’une échelle inférieure au 1:10 000, écartant ce qui relève davantage du plan que de la carte. C’est pourquoi a été choisie la carte tracée sur une tablette en argile du IIIème millénaire av. J.C. (Ga-Sur, Nuzi en Irak) qui présente sans ambiguïté les caractéristiques d’une carte : orientation, pictogrammes, détails orographiques, toponymes...

Musée Sémitique de l'Université de Harvard (Cambridge, Massachusetts, USA)

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Carte topographique chinoise

Dès le VIe siècle avant J.-C., les cartes chinoises mettent en œuvre des techniques modernes (carroyage, mesures de distances, utilisation de la boussole) au service de la gestion de l’empire. Leur portée s'étend au-delà des terres du berceau de la civilisation chinoise avec la croissance de l'empire chinois sous la dynastie Han. Les hommes d’état Zhang Heng (78 – 139), ou Pei Xiu (224–271) furent d’éminents cartographes, géographes et mathématiciens. L’expansion de l’islam vers la Chine enrichira les connaissances techniques et géographiques des cartographes musulmans.

Carte topographique chinoise sur soie (le Sud étant placé en haut). Mawangdui tombe 3, datée de 186 av. J.-C., Han occidentaux (encre sur soie : 96 × l : 96 cm). Hunan Provincial Museum (Changsha, Chine)

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La Table dite de Peutinger

La table dite de Peutinger connue aussi sous le nom de « Carte des étapes de Castorius » a été gravée dans le marbre en l’an 12, et placée sur le Porticus Vipsaniæ (Rome). Des copies ont ensuite été réalisées à diverses époques, comme celle des moines de Colmar en 1265 sur du parchemin. Des centaines de villes et des milliers de particularités géographiques, comme des phares ou des sanctuaires, des forêts, des fleuves ou des montagnes y figurent le long de plus de 200 000 km de voies. Cette longue bande de parchemin était composée de douze fragments dont les onze retrouvés sont entreposés à Vienne (Autriche). Assemblés, ils forment une bande de 6,82 m sur 0,34 m.

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« La Géographie » de Ptolémée

Il n’y a plus de vestige du traité « La Géographie », rédigé par Ptolémée vers l’an 150 mais celui-ci était connu dans tout le monde gréco-romain de l’antiquité. Il s’agissait d’une introduction théorique et pratique à la cartographie contenant une carte générale dans une projection particulière dite homéotère et 26 cartes régionales en projection cylindrique. Le traité de Ptolémée sera redécouvert et traduit par les savants arabes et perses lors de l’expansion de l’islam et diffusé ensuite dans l’Europe chrétienne.

« La Géographie » de Ptolémée dessinée par Francesco di Antonio del Chierico au XVe siècle  (Harleian MS 7182, ff 58–59)

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Mappemonde du Beatus de Saint-Sever

Dans l’Europe médiévale, le christianisme imposa une représentation religieuse du monde s’appuyant sur une lecture fidèle de la Bible. Les cartes dites en « T dans l’O » divisent la Terre en trois continents de façon symbolique. Sur cette carte de l'évangélisation des nations de la Terre par les douze apôtres, que le moine espagnol Beatus de Liebana rédigea vers 885 et qui fut copiée à l'abbaye de Saint-Sever vers 1060, figure une quatrième partie en direction du sud légendée en « Terre Australe ».

Beatus de Liebana, Commentarius in Apocalypsim Saint-Sever (Landes), vers 1060.

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Carte du géographe arabe Al Idrissi

Avec l’expansion de l’islam vers l’Inde, la Chine et la Grèce, les cartographes musulmans découvrirent des outils et des techniques cartographiques inconnus d’eux et des Européens. La Géographie de Ptolémée fut traduite en arabe dès le IXe siècle et servit de canevas topographique pour la réalisation de nombreux atlas. C’est ainsi que la Géographie d’Al Idrissi - savant arabe vivant à la cour chrétienne de Sicile - décrit le monde du milieu du XIIe siècle avec ses pays, ses villes principales, ses routes et ses frontières, ses mers, ses fleuves et ses montagnes mais propose également des informations économiques, commerciales, historiques et religieuses. Cet ouvrage est considéré comme le chef d'œuvre de la cartographie arabe.

Extrait d'une copie de la Tabula Rogeriana conservée à la BnF. 1154, par le géographe  arabe Al Idrissi.

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Mappemonde d'Ebstorf

Cette grande mappemonde circulaire de près de quatre mètres de diamètre date vraisemblablement de 1235. Sa paternité revient à Gervais de Tilbury, prévôt du monastère d'Ebstorf en Allemagne. Une lecture centrifuge de la carte partant de Jérusalem, située idéalement au centre, et allant vers les marges païennes, interprète le monde comme un territoire irrigué par la parole de Dieu, apportée par les apôtres, dont les tombeaux – saint Thomas, saint Barthélemy ou saint Maurice – sont indiqués clairement.

Reproduction photographique du fac-similé publié en 1898 par Konrad Miller (diam. 1 m).  BnF, Cartes et Plans (Ge AA 2177).

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Carta Pisana

Les cartes portulans, de l’italien portolani (descriptions textuelles des côtes et de la manière d’entrer dans un port) sont nées en Occident dans les cités maritimes des îles Baléares et du Nord de l’Italie. Elles apparaissent comme un genre cartographique spécifique en lien avec les progrès des techniques de navigation et l’expansion maritime européenne, et original par sa facture très identifiable. Circonscrites initialement aux rivages de la Méditerranée, vouées tout d’abord au cabotage et à la navigation à l’estime au service des échanges commerciaux, elles se développent vers les îles de l’Océan, les nouvelles terres, les continents inconnus. La Carte Pisane est le plus ancien portulan connu, créé en 1290 à Gènes sans doute.

Carte pisane, fin XIIIe siècle. Manuscrit sur parchemin, 48 x 103 cm, BnF, département des Cartes et Plans, CPL GE B-1118 (RES) © Bibliothèque nationale de France

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Carte du monde par le génois Pietro Vesconte

Les cartographes des différentes civilisations s’inspirèrent des travaux de leurs confrères. On retrouve ainsi la facture des atlas chinois dans certaines cartes arabes, ou la manière d’Al-Idrîsî dans cette mappemonde réalisée par le cartographe génois Pietro Vesconte, qui reprend également des informations de la Géographie de Ptolémée (forme du Nil). Cette carte fut présentée au Pape Jean XXII par le marchand vénitien Marino Sanudo pour l’inciter à lancer une croisade sur Jérusalem (Liber secretorum fidelium crucis).

Mappemonde de Pietro Vesconte, Chronologia magna de Paulin de Venise, Pietro Vesconte, Venise et Naples, vers 1328-1329. Parchemin, 52,5 x 40,5 cm, BnF, département des Manuscrits, Latin 4939, f. 9 © Bibliothèque nationale de France

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Atlas catalan

Abraham Cresques, et son fils, Jehuda Cresques, sont sans doute les auteurs de l'Atlas catalan en 1380 avant leur départ forcé pour le Portugal. C’est à la fois une carte nautique, une figuration des régions habitées jusqu'à la mer de Chine, et une encyclopédie en images décrivant, sur plus de trois mètres, l'histoire et la géographie du monde connu, ou rêvé, à l'époque de sa réalisation qui a été enrichie des récits de voyage de Nicola, Matteo et Marco Polo. L'Atlas catalan combine cosmographie, astrologie, géographie et imaginaire. Les quatre cartes, deux pour l'Orient et deux pour l'Occident, sont orientées le sud en haut comme les mappemondes chinoises. Cet atlas provient de la bibliothèque du roi de France Charles V.

Manuscrit sur parchemin velin. Six pl. collées sur des ais de bois, dont quatre de cartes. Pl no 3, 64  x 50 cm

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La carte Kangnido

Cette « Carte historique des pays et des villes » a été réalisée en Corée en 1402 par Kim Sahyeong, Yi Mu et Yi Hoe. Elle décrit la totalité de l'Ancien Monde, avec à l'ouest, l'Europe et l'Afrique, et à l'est, la Chine, la Corée et le Japon. C’est un témoigne du haut degré de connaissances géographiques acquises par le monde sinisé dès la fin du XIVe siècle qui représente un pas décisif dans l’histoire de la cartographie universelle. Elle est beaucoup plus complète que ses homologues de l’Europe médiévale. Elle surpasse l’Atlas catalan de 1375 qui est la première mappemonde européenne à représenter un peu précisément l’Asie jusqu’en Chine et Cipango (ancien nom chinois du Japon), à la suite des narrations de Marco Polo.

Bibliothèque de l'Université Ryûkoku (Japon, Kyôto‑shi)

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Carte de Fra Mauro (Frère Maur)

La mappemonde de Fra Mauro, financée par le roi Alphonse V du Portugal, est réalisée par le plus célèbre cosmographe de son temps, le moine vénitien Fra Mauro (1385-1460), dans les années 1450 et conservée à la Biblioteca Marciana de Venise. Elle présente l'aboutissement des connaissances cartographiques du Moyen Âge occidental en effectuant la synthèse des connaissances cartographiques des auteurs grecs, latins, chinois et arabes. Les similitudes avec la carte Kangnido sont remarquables. Sur une surface de plus de quatre mètres carrés, cette mappemonde présente 3 000 toponymes et des centaines d'illustrations. Parmi les auteurs qui ont inspiré Fra Mauro, figurent Marco Polo, Odorico de Pordenone et Poggio Bracciolini.

Biblioteca Marciana de Venise

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Mappemonde d'Ibn al-Wardî

Le monde musulman produisit également des cartes très influencées par le symbolisme religieux comme cette mappemonde centrée sur La Mecque, réalisée par Ibn al-Wardî (mort en 1457) qui se situe dans la tradition d'Ibn Hawqal et de l'école de Balkhi. On reconnait à droite, l'Afrique avec les montagnes de la lune aux sources du Nil, représenté par une large ligne bleue. Dans le demi-cercle au centre, figure la péninsule Arabe entourée par la mer Rouge et le golfe Persique. On aperçoit également l'Inde, le Sind et la Chine.

Kharidat al-ajâ'ib wa-faridat al-gharâ'ib (Perle des merveilles et joyau des raretés), Ibn al-Wardî, 1479 (883 de l'hégire).

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La carte de l'Œcoumène

Les échanges entre le monde musulman et le monde chrétien furent nombreux en particulier sur le plan cartographique, et c’est ainsi que l’Occident put découvrir la Géographie de Ptolémée à la fin du XIIIe siècle qui fut considérée comme un document de grand prestige. De nombreuses éditions s’en inspirèrent jusqu’au XVIe siècle comme cet ensemble de vingt-sept cartes du monde aux couleurs vives, dite « carte de l'Œcoumène », exécutée en 1490 à Naples et offerte à François Ier.

La carte de l'Œcoumène, Géographie, Livres I-VIII, Ptolémée. Début du XVe siècle. Manuscrit sur parchemin, BnF, Manuscrits, Grec 1401 fo 50v-51 © Bibliothèque nationale de France

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Planisphère de Cantino

Le planisphère de Cantino est la plus ancienne carte représentant les découvertes portugaises. Il tire son nom d’Alberto Cantino, un représentant et espion du duc de Ferrare, qui réussit en 1502 à le sortir clandestinement du Portugal pour l'apporter en Italie, ce qui permit aux italiens d’avoir connaissance de l'existence de la côte Atlantique de l'Amérique du Sud bien avant que les autres nations européennes ne soupçonnent que cette côte s'étendait si loin au sud. Les informations de la carte de Cantino figurent dans la carte italienne de Caverio, qui servit de référence pour la réalisation du planisphère de Waldseemüller en 1507.

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Planisphère de Waldseemüller

Ce planisphère, réalisé en 1507 par Martin Waldseemüller à Saint-Dié-des-Vosges, utilise la projection homéotère de Ptolémée (représenté dans un médaillon), dite « en manteau ». Dans un second médaillon est représenté Amerigo Vespucci, dont le prénom fournira au cartographe le toponyme utilisé pour le nouveau continent que Vespucci avait annoncé aux européens dans ses lettres : « America ». Après 80 ans de négociations avec le gouvernement allemand, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis a acquis en 2001 pour dix millions de dollars ce qui fut nommé « l'acte de naissance de l'Amérique ».

Library of Congress Geography and Map Division Washington, D.C. 20540-4650 USA  

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Carte de France par Oronce Fine

Oronce Fine est « le restaurateur des mathématiques en France », astronome et cartographe dont la célébrité européenne est prouvée par les nombreuses publications de ses travaux sur l'astronomie, la géographie, la cartographie, la gnomonique (art de construire des cadrans solaires), la géométrie pratique et les instruments scientifiques. Il réalisa la première carte de France « moderne » imprimée dans ce pays (carte nommée « Gallia »), qui connut cinq éditions entre 1525 et 1557, en s’inspirant de la géographie de Ptolémée tout en améliorant la projection trapézoïdale par la mise à jour des coordonnées géographiques de cent vingt-quatre villes françaises.

Nova totius Galliae descriptio / Orontius F[ine] delphinas faciebat 1553 Fine, Oronce (1494- 1555). Cartographe © Bibliothèque nationale de France

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Carte du monde de Pierre Desceliers

La cartographie commence à être enseignée, comme à Majorque (XIVe siècle) ou à l'École de cartographie de Dieppe (XVIe siècle) qui est célèbre pour la réalisation d'une importante série de mappemondes connues sous le nom de « cartes de Dieppe » réalisées dans cette ville portuaire au cours du XVIe siècle. Ses cartographes possédaient des connaissances approfondies en mathématiques et faisaient preuve d'une ample maîtrise des différentes projections cartographiques utilisées à l'époque. Il s'agissait également pour la plupart de pilotes et de marins ayant acquis une grande expérience en mer. L'école de cartographie de Dieppe fut fondée par Pierre Desceliers (1500–1553), l'auteur de cette carte du monde.

Carte du Monde, par Pierre Descelliers, avec les emblêmes de France, de Montmorency et  d’Annebaud

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Planisphère d’Andreas Homem

Ce planisphère lusitanien de 150 x 294 cm, le plus grand conservé, est constitué de dix feuilles de parchemin. Il offre un aperçu des connaissances des marins portugais au milieu du XVIe siècle. Les hémisphères portugais et espagnols sont clairement identifiés par la ligne de démarcation passant au centre de la carte (traité de Tordesillas) et par leurs écus respectifs. Ce planisphère donne un aperçu saisissant des connaissances accumulées par les marins portugais qui, de la Malaisie au Brésil en passant par Madagascar, ont relevé près de 60 000 km de côtes en un peu plus d’un siècle. Aux quatre coins de la carte, des disques contiennent des tables de déclinaison solaire.

Universa ac navigabilis totius terrarum orbis descriptio, Andreas Homem, Anvers, 1559. Manuscrit enluminé sur parchemin, 10 feuilles de 60 x 75 cm environ BnF, département des Cartes et Plans, CPL GE CC-2719 (RES) © Bibliothèque nationale de France

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Atlas de Gérard Mercator

Lorsque les Pays-Bas s’imposent comme la nouvelle puissance maritime à la place des pays méditerranéens, ils deviennent également les plus importants producteurs de cartes et comme les fondateurs de la cartographie moderne avec Gérard Mercator, mathématicien, géographe et cartographe flamand et son successeur Abraham Ortélius. L’atlas réalisé par Mercator innove par l’usage d’une nouvelle projection, dite « cylindrique », tangente à l'équateur du globe terrestre, qui conserve les angles mesurés dans la réalité, en particulier avec le nord, ce qui la rend particulièrement utile pour la navigation maritime. Encore aujourd’hui, la plupart des cartes marines utilisent la projection de Mercator où les parallèles sont parallèles à l'équateur.

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Carte des environs de Paris (Picard)

L’Académie des sciences a été fondée par Colbert en 1666 au sein de l'Institut de France, pour  des raisons à la fois scientifiques et politiques. L’un des vingt-et-un premiers membres est le fondateur de la géodésie moderne, l’astronome Jean Picard, qui sera le premier à mettre en œuvre des instruments optiques (quart de cercle mobile, secteur, niveau) qui améliorent de beaucoup l'exactitude des mesures. En 1668, Colbert, contrôleur général des finances, charge l'Académie de définir le processus de réalisation d’une carte géographique de la France plus exacte que celles disponibles. Le processus est mis en œuvre par Picard, assisté entre autres par l’astronome savoisien Jean-Dominique Cassini, pour réaliser la « Carte particulière des Environs de Paris » publiée en neuf planches entre 1671 et 1678.

Collection d'Anville, 00788 I-IX – catalogue BnF

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Carte de Cassini

À la suite de la réalisation de la carte des environs de Paris, le roi Louis XIV ordonne dès 1671 à l'Académie de « dresser une carte de toute la France avec la plus grande exactitude possible ». La triangulation géodésique du territoire, étape indispensable pour réaliser une carte à la précision jusque-là inégalée, sera menée sous les directions successives de quatre directeurs de l’Observatoire de Paris, tous de la famille Cassini. C’est à partir de 1749 que les premières feuilles cartographiées seront publiées à l’échelle d'une ligne pour cent toises, soit environ 1/86 400. Il s’agit d’une avancée technique décisive dans le domaine de la cartographie terrestre.

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Carte de l’Empereur

De par sa formation d’artilleur et son passage au Bureau Topographique, Bonaparte attache une grande importance à la cartographie pour mener ses opérations militaires avec un ingénieur géographe comme chef d’état-major. Sous son impulsion, le Corps des Ingénieurs Géographes du Dépôt de la Guerre effectue des travaux cartographiques nombreux et précis sur tous les territoires concernés par les conflits (en Italie, Égypte, Prusse, Autriche et Russie où toutes les plaques de cuivre de la carte de l’Empereur disparurent, sauf une). Ce qui permet d'apprécier la représentation du relief innovante due au peintre et cartographe Louis Bacler. Sur le territoire français, Bonaparte s’attacha à développer la qualité des cartes du Cadastre pour des raisons fiscales.

Carte de l’empereur, 420 feuilles au 1 :100 000, toutes perdue dans la Berezina (novembre  1812), sauf la feuille de Bavière, dressée par le général Moreau entre 1801 et 1807.

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Carte d'État-major

À la suite du succès des essais cartographiques menés dès 1818 à l’initiative de Louis XVIII qui souhaitait disposer d’une cartographie plus précise que celle de Cassini, une ordonnance royale de 1827 initie la constitution de la carte d'État-major. Les 965 cartes sont réalisées par le Dépôt général de la Guerre et de la Géographie réorganisé en 1830 par son nouveau directeur, le général baron Pelet. La projection utilisée est celle de Bonne, un avatar de la deuxième projection de Ptolémée (homéotère, ou « en manteau »).

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Atlas Vidal – Lablache

Les innovations géodésiques et cartographiques s’appliquent rapidement aux représentations des territoires explorés et des colonies. L’invention de la lithographie permet l’impression et la diffusion des cartes couleurs en série, ce qui n’était possible qu’en noir et blanc auparavant, avec ajout de couleurs à l’aquarelle. Les cartes s’enrichissent d’informations thématiques diverses. La fin du XIXe signe la naissance de l'école cartographique française, avec la publication de l'Atlas général Vidal-Lablache. Par ailleurs, la cartographie commence à être enseignée dès l’école primaire rendue obligatoire pour tous les enfants. L’usage de la carte se démocratise.

Carte de l'empire chinois extraite de l'Atlas général Vidal-Lablache.

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Carte au 1:20 000 de l’IGN

S’inspirant des cartes au 1:20 000 produites par l’Allemagne dans l’Alsace occupée, le Service Géographique des Armées (SGA) décide après la libération de cette région de réaliser la couverture de la France à cette échelle, avec une nouvelle projection, conforme, définie par le géographe Lambert, pour répondre aux besoins militaires. Un quart du territoire est couvert en 1940, date de la transformation du SGA en Institut Géographique National (IGN).

L'IGN produit, à partir de 1922, une nouvelle carte en trois couleurs, sans hachure, mais sur laquelle le relief est représenté en courbes de niveau et souligné par un estompage.

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Carte au 1:100 000 de l’IGN

Les accords interalliés de 1952 imposent de produire très rapidement une carte OTAN au 1:100 000 dénommée Série M 662 réalisée essentiellement à l’aide de la carte d’État-Major. Son achèvement en 1970 va entrainer le retard de celles au 1:25 000 avec utilisation d’une quatrième couleur pour la végétation, réclamée également par les accords de 1952. La pression politique des aménageurs imposera un allégement des contraintes de levés – sélection, précision…

Carte IGN 1 :100 000 M662

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Carte du Mont Blanc au 1:10 000

Cette carte du Mont-Blanc à l’échelle du 1:10 000 est la dernière opération cartographique de prestige que peut se permettre un établissement public. Issues de levés stéréophotographiques de précision, les 9 planches sont imprimées en onze couleurs avec un travail particulier sur le rendu de l’estompage et des rochers.

IGN - Carte de la région du Mont-Blanc au 1:10 000 (19 planches).

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Carte IGN « type 1972 »

En 1972, l'IGN décide de refondre la symbolisation cartographique de sa carte au 1:25 000 pour répondre à des besoins accrus en termes d’aménagement du territoire. De nouveaux symboles, des changements de taille, l’usage d’une cinquième couleur et des améliorations des procédés de généralisation aboutissent à la création du « type 1972 » et améliorent nettement l’efficacité du message cartographique.

Carte IGN au 1:25 000 « type 1972 »

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Cartographie automatique par rasterisation de bases de données numériques

Avec la création de bases numériques de données géolocalisées, la production cartographique devient assistée par ordinateur puis peu à peu automatisée. De nombreux acteurs fournissent des millions de cartes différentes sur le seul territoire français que ce soit pour des usages institutionnels ou privés. L’apparition d’Internet, de l’Internet mobile puis de la réalité augmentée provoque une augmentation exponentielle de la production.

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Un patrimoine accessible à tous

Sur le site « Remonter le temps », vous pouvez accéder gratuitement à d’inestimables trésors cartographiques et photographiques. Grâce à la fonction Comparez, vous pouvez afficher simultanément des données de votre choix parmi une sélection de trois millions de cartes et photographies aériennes comprenant notamment :

  • les cartes de Cassini (XVIIIe siècle)
  • les minutes originales d’état-major (1825-1866)
  • la carte IGN à l’échelle 1 : 50 000 (1950)
  • les photographies aériennes IGN historiques prises entre 1950 et 1965, puis entre 2000 et 2010

Mis à jour le 16/09/2021